Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire

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 Compte à Rebours !

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Docteur Orwell.
Archonte
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MessageSujet: Compte à Rebours !   Mer 10 Oct 2012 - 22:18

Hello ! Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, il ne nous reste plus que 13 (13 !) waw jours avant la sortie de la nouvelle série... Pour marquer l'occasion, je vais donc faire la liste de mes treize passages préférés des Désastreuses Aventures. Un par jour, un par tome... Afin de donner à cette série l'hommage qu'elle mérite, avant d'entrer dans une nouvelle ère. J'adore

N'hésitez pas à faire part de vos propres passages préférés durant toute cette période, c'est l'occasion. Clin d'oeil

TOME 01 : Il Fiasco Della Puttanesca

Voir sur mon blog : http://danielhandler.canalblog.com/archives/2012/10/10/25304225.html

Citation :
Passages Préférés des Désastreuses Aventures (01/13) : Il Fiasco della Puttanesca

Je ne sais pas pourquoi, mais l'épisode du rôti de boeuf a conservé quelque chose de singulièrement mémorable comparé à ce qu'il est censé être à première vue - une simple péripétie. Peut-être est-ce du en partie à la façon particulièrement exhaustive dont Snicket relate par le détail tout le travail nécessaire à la confection des pâtes à la Puttanesca, dont il met en exergue l'effort, la bonne volonté et le courage nécessaire aux Orphelins pour les préparer... La désillusion qu'ils vont subir en rencontrant la troupe pour la première fois s'en trouve magnifiée. C'est très triste, mais bon, dans cette série, on a vraiment l'embarras du choix pour ce qui est des larmes. Pour autant, je ne vois pas en quoi cet évènement reste gravé dans nos souvenirs puisqu'il n'a en soi aucun intérêt dans l'intrigue principale - Handler fait du remplissage, ce n'est qu'une vague péripétie. Même l'équipe de l'adaptation cinématographique s'y est mise en restituant de manière assez appuyée et fidèle l'intermède culinaire, alors que d'autres scènes plus intéressantes ont été coupées. D'aucuns diraient que cette scénète sert à montrer le caractère véritable d'Olaf au grand jour et à réellement marquer le début de son conflit avec les Orphelins, mais j'en doute, car on a déjà une très bonne idée de la personnalité d'Olaf à ce stade du récit et que tout le tome I a cette fonction en général.

Avec les années, je me suis rendu compte que les gens tiennent inconsciemment à ce passage parce qu'il sert une fonction plus symbolique. Sa pertinence consiste à mettre en relief des aspects plus implicites du récit et c'est en cela qu'il est aussi apprécié. Je parle plus précisément de la réflexion politique et morale développée dans la série. Si vous ne voyez pas encore le rapport entre ça et le rôti de boeuf, c'est pas grave, on a tout notre temps.

Question plus cruciale qu'il n'y paraît : Olaf est-il sincère lors de cette scène ? J'ai été surpris de voir certains fans crier à la théorie du complot en affirmant qu'Olaf tourmente sciemment les orphelins en prétextant ce rôti de boeuf, mais franchement, c'est un peu tôt pour ce genre de tortures psychologiques. Pour ainsi dire Olaf ne fait pas réellement preuve de sadisme au début de ce tome - les orphelins sont une quantité négligable pour lui, une main-d'oeuvre gratuite et corvéable à merci, certes, mais dont la vue du malheur ne lui procure pas plus de plaisir que ça. L'inimitié personnelle vient beaucoup plus tard, à partir du moment où les orphelins commencent à s'opposer à lui et à l'écraser de leur supériorité intellectuelle (l'épisode du rôti en est peut-être le point de bascule, justement). Non, vraiment, Olaf est sincèrement convaincu d'avoir spécifiquement commandé du rôti aux orphelins ce matin-là...

Peut-être est-il de nature oublieuse, peut-être s'attend-t-il, dans une délire égomaniaque, à ce que ses serviteurs anticipent les moindres spécificités de ses désirs... Peu importe, l'important ici c'est que ces suppositions n'ont guère d'utilité et il ne servirait pas à grand chose que les orphelins l'obligent à lire la véritable liste qu'il a déposée ce matin-là : Olaf est en position de puissance, il en use et et abuse. Point barre. Le mal vit dans un monde orwellien où le vrai n'et qu'un moment du faux et où la réalité se plie aux caprices du tortionnaire. Il y aurait un parallèle intéressant à établir ici entre cette injustice première et le dénouement du tome : la force de la Loi y est variablement employée pour faire le mal comme pour faire le bien, puisque l'interprétation littérale laisse le champ libre à deux versions possibles du texte juridique. La lettre de la loi, en définitive, découle d'une perspective autocratique : la seule chose qui change, c'est la nature du tyran (une personne comme Olaf ou un enchaînement de mots arbitraires). La catastrophe est évitée moins par l'astucieuse interprétation de Violette que par le jugement subjectif de Juste Strauss, qui aurait tout aussi bien pu statufier que c'est l'interprétation d'Olaf qui était la plus valable au regard "de la Loi."

Ce premier tome nous met face à un paradoxe : le pouvoir, laissé au vouloir des individus, relève d'une indigence morale, mais il est tout aussi corrompu lorsqu'il est standardisé en préceptes simplistes. Quelle solution nous reste-t-il alors, sinon l'espoir que la gestion des lois, bien en dépît de leur nature pervertie,soit laissée presque par hasard à quelques individus de bonne volonté ? Snicket reste pessimiste face à ce genre de compromis : à la fin du tome, les orphelins se voient refusés un cadre de vie stable avec Juste Strauss, soit-disant du fait de quelques bêtes exigences légataires issues du testament de leurs parents. Là encore, la loi est dévoyée : Mr Poe cherche à appliquer à la lettre un document administratif (document qui, puisqu'il a placé les enfants Baudelaire chez Olaf, devrait déjà avoir perdu toute espèce de légitimité) au lieu de se demander ce que les parents Baudelaire auraient sincèrement souhaité pour leurs enfants (ce à quoi servait le dit document à la base). Confondre la loi et l'esprit de la loi revient à indifférencier la Fin et les Moyens, et, à terme, à combattre le Feu par le Feu.

A relire la fin de ce tome, j'ai été très surpris de la vitesse à laquelle les orphelins se résignent instantanément aux décisions sur leur avenir ; il va bien leur falloir douze autres tomes pour apprendre à penser par eux-mêmes et contester véritablement les opinions des adultes, y compris celles de leurs parents qui n'ont visiblement pas géré question testamentaire. Ce n'est donc pas un hasard si Klaus affirme dans cet extrait qu'Olaf aura à en découdre avec la Loi, remarque qui lui vaut un coup de poing - la véritable loi, la voilà, c'est à dire la loi du plus fort. Nous n'obéissons aux lois non en vertu de leur rectitude réelle mais parce qu'elles sont obéies par la majorité du groupe, perspective lockienne qui va être martelée dans les tomes suivants.

En résumé le fiasco della Puttanesca est plus important qu'il n'y paraît car d'emblée il nous "met dans l'ambiance," ou plutôt ils pose très tôt et de manière très crue les "règles" de l'univers dans lequel nous allons voyager treize tomes durant. C'est un monde qui n'est pas juste, où les adultes frappent les enfants, mentent, insultent, où c'est la force brute qui décide de ce qui est bien ou mal, de ce qui est vrai ou faux. Dans un monde où il ne suffit même pas de préparer un délicieux plat de pâtes à la Puttanesca pour s'attirer les faveurs d'un affâmé, plus personne n'est à l'abri. La façon dont Snicket décrit la texture "sanguinolante" des pâtes à la fin de ce chapitre m'a toujours saisi dans une sorte d'effroi à la lecture, mais il ne s'agit pas seulement du sang de Klaus qui est symbolisé ici... Il s'agit plus largement d'un sang sacrificiel propre à la figure éternelle du bouc-émissaire, qu'on retrouve dans toutes les sociétés - tyranniques ou non...

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Dernière édition par Docteur Orwell. le Mer 10 Oct 2012 - 23:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Mer 10 Oct 2012 - 22:24

Il ne manque QUE 13 jours ?! Shocked Oh mes dieux. waw Fou
(C'est normal si je n'arrive toujours pas à réaliser, p'tain ? Laughing)
(En plus, je vais tellement pas avoir le temps de le lire, ce bouquin. Mais je vais quand même le faire, obviously. Incertain)

Et godz, j'admire ton idée et ta longue analyse en profondeur de ce passage ! Smile (Et j'attends grave les autres, du coup ! tire la langue En plus, je t'avais posé en live la question sur tes passages préférés ! Laughing)

Je pense que je vais le faire ce week-end, mais juste un Top 13 de mes moments préférés, quoi ! Laughing
(Non, mais même si mon petit Top sera nul et inutile, je vais quand même le faire... Se replonger dans les souvenirs de la saga d'origine avant la sortie de la nouvelle, c'est vraiment quelque chose dont j'ai envie. Amour53)

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Mer 10 Oct 2012 - 23:12

Shocked Ton analyse ! waw C'est vraiment un délire philosophique qui part d'un plat de pâtes. lol !
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Mer 10 Oct 2012 - 23:19

Du fait de mon passage en sophistique prépa littéraire, je peux te sortir une dissertation de cinq copies doubles à partir de n'importe quoi. lol ! L'avantage d'être un paranoïaque, c'est qu'on a beaucoup d'imagination et d'analyse. Rigole

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Mer 10 Oct 2012 - 23:28

(par contre à moins qu'il y ait une référence, il y a une faute dans le titre du sujet)

Mais sinon, oui, j'ai senti la prépa littéraire derrière tout ça. lol !
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Mer 10 Oct 2012 - 23:35

Non, tu as raison ! Merci d'avoir repéré cette perle (à rebours). Noooooon, j'en ai pas honte (comprenne qui pourra) ! lol !

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Jeu 11 Oct 2012 - 19:31

Pareil, j'ai senti l'influence prépa littéraire (même si je n'y suis pas allée), mais c'est loin d'être un mal. Au contraire, j'ai eu l'impression de réfléchir plus intelligemment et de pousser ma réflexion.

(Oui oui. Tout ça).

Et je plussoie sur le moment de la Puttanesca, qui m'avait beaucoup marqué - bien que ce soit pour des raisons extrêmement moins philosophiques.
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Jeu 11 Oct 2012 - 21:00

Tout de suite, si on me demande mon passage préféré, forcément il concernerait le Comte Olaf. Il se trouve que c'est le sujet du topic, cette question, et que je trouve ça génial, alors je vais même trouver mon passage préféré concernant le Comte Olaf. C'est celui dans Le Pénultième Péril, quand il tire le harpon, et qu'il a cet instant de surprise ou de vertige, quand il réalise ce qu'il fait et, j'imagine, ce qu'il est devenu. La scène est géniale. Mais ce moment en particulier, il est magique. Incertain


À demain pour un autre passage. lol !

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Jeu 11 Oct 2012 - 23:19

Deuxième jour, deuxième passage, J-12 ! J'adore

Voir sur mon blog : http://danielhandler.canalblog.com/archives/2012/10/11/25313010.html

Passages Préférés des Désastreuses Aventures (02/13) : Quand Olaf faisait encore peur

Citation :
Je ne fais rien comme tout le monde : de tous les déguisements qu'Olaf emprunte dans la série, mon préféré reste celui du mystérieux Stephano. C'est sûr, il est moins coloré que les autres, qui y vont tous de leurs petites phrases-cultes, de leurs accoutrements improbables et de leurs personnalités uniques. Mais justement, Stephano ne sert pas du tout à ça ! Stephano sert à vous faire flipper, et en règle général, ça vaut mieux quand on veut créer un méchant.

On pourrait réellement argumenter qu'Olaf n'est même pas déguisé dans ce tome : côté travestissement, on a droit au minimum syndical car Monty, malgré son passé de VDC, n'a visiblement aucune idée de son apparence (ou alors feint de ne pas la connaître pour l'attirer dans un piège sur le Prospero). Ce n'est pas l'efficacité du déguisement qui le camoufle ici mais plutôt la pression psychologique qu'il exerce sur les orphelins.

Et là, Olaf montre toute sa compétence. Jugez plutôt: menacer de laisser son couteau tomber et trancher les orteilles de Sunny (Prunille en VF), déambuler dans les couloirs, les soumettre à une surveillance constante, faire promener langoureusement le même couteau sur les cuisses de Violette par-dessous la table à l'heure du repas (et on y revient dans les sous-entendus pédophiles), manquer de tuer Klaus en lui jetant une lampe par pur plaisir de montrer qu'il peut le faire... Le plus terrible, pourtant, reste cette phrase glaciale : "si je vous voulais morts, ces escaliers cascaderaient déjà de votre sang." Trop tard, les orphelins comprendront qu'ils ne sont pas la cible prioritaire...

Il y a un sens à ce que Stephano soit l'Olaf le plus terrifiant de toute la saga, car c'était le seul tome où il pouvait l'être. Son retour dans le second tome est censé être une surprise ; après, on connaît la formule, on sait qu'Olaf va revenir une fois de plus et que les orphelins s'en sortiront à la dernière minute (ils ne peuvent pas mourir car ils doivent continuer à souffrir). Le Tome II était le seul moment où l'on pouvait encore entretenir un suspense de ce côté-là. Si les déguisements arborés par Olaf dans les tomes suivants virent plus au burlesque, c'est parce qu'Olaf a désormais prouvé son incompétence et que les livres doivent rendre son personnage intéressant d'une autre manière.

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Jeu 11 Oct 2012 - 23:42

Je suis complètement d'accord pour Stephano, mais je pense que mon déguisement préféré reste celui de Kit qui brise la tradition génialement. tire la langue
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Sam 13 Oct 2012 - 18:23

Le truc, c'est que si je replonge dans le tome 1, je vais être obligée de le terminer, et d’enchaîner les 12 autres... Hors, je ne peux point, avec les cours et le mémoire, ça serait une bêtise de faire ça... Mais c'est tintant !
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Sam 13 Oct 2012 - 20:00

Je l'ai fait il y a quelques mois, et ce fut bon. Sourire

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Sam 13 Oct 2012 - 23:26

MON TOP 13 A J-10 DE LA NOUVELLE SERIE





Je pensais que ça allait être facile. Ce ne le fut pas. MDR
Du coup, c'est plus qu'un Top 13. C'est même plus qu'un Top 15. Laughing
Mais tant pis ! Colère


1) Klaus et Violette mettent le feu à la tente d’Olivia, ensemble. Alors que le cirque brûle, ils montent dans une caravane tractée par la voiture d’Olaf où se trouve leur petite sœur et… Cliff de ouf !
Pour moi, c’est le moment décisif pour Klaus et Violette, celui où ils commencent à basculer bien malgré eux vers le côté obscur. Et puis toute cette fin, c’est le moment de la série que j’ai vécu le plus intensément. Il venait conclure une magnifique « trilogie de l’errance » mais en plus… De savoir que les enfants ont brûlé les documents qui auraient pu leur apporter toutes leurs réponses, ça m’a tué. Et le cliff final, en plus d’être plus terrible qu’un sucker punch, il est visuellement très fort… La montagne en haut, le désert en bas, le cirque enflammé, les deux véhicules qui se détachent…


2) La mise à feu de l’Hôtel Dénouement, avec la montée en ascenseur et le vol plané du haut de l’immeuble, sans savoir qui a survécu ou pas
Oké, mes deux premiers numéros se ressemblent, mébon. Là, tous les personnages de la saga ou presque sont rassemblés en un même endroit… Et on imagine bien que bon nombre d’entre eux vont périr dans ce brasier déclenché par les Baudelaire. Qui choisissent de définitivement tirer un trait sur leur passé. Un accomplissement de malade pour la saga.


3) Le chapitre 14 du tome 13
Un sommet de la bittersweetness, ça ne pouvait que me plaire. Cette fin est triste et belle et touchante et optimiste et pessimiste et incertaine et tellement humaine et profonde. C’est peut-être con de dire ça, mais je le pense, alors bon : pour moi, ce que Handler a écrit là, c’est un sommet dans le monde littéraire.


4) La mort de Kit suivie par celle d’Olaf
Quand on n’arrive plus à lire à cause des larmes, voilà-voilà…
En fait, je m’en fiche et je classe ici tout le tome 13, surtout à partir du moment où Olaf est blessé par le harpon qui libère par la même occasion le fléau sur l’île… Godz, je repense à la scène où le serpent apporte la pomme aux gamins… Un chef-d’œuvre.


5) Olivia dévorée par les lions
Je n’ai même pas les mots pour dire à quel point j’ai été glacé par ce moment. Je tenais le livre et je vivais le truc tellement à fond que je pense que j’ai littéralement arrêté de respirer pendant quelques secondes. C’était brillant, en plus, de nous faire vivre cette scène en suivant pas à pas les enfants. Ils s’éloignent mais peuvent encore entendre le bruit des os broyés. Terrible. Le goût du sang dans la bouche et tout. Quelle fin tragique pour ce personnage pathétique et poignant...


6) Les orphelins qui émergent dans les décombres de leur ancienne maison après avoir été jetés dans une cage d'ascenseur vide par leur tutrice et avoir rampé pendant des heures dans les entrailles souterraines de la ville
Ex-aequo avec la séquence du QG des Monts Mainmorte, je crois. J’aime beaucoup les passages avec les bâtiments brûlés, désolés, où l’on arrive toujours trop tard, sans rien deviner de leur gloire passé, ou alors, ces bâtiments où l’on retourne avec regrets, pour se rendre compte qu’il est presque pire de se souvenir de ce qu’ils étaient habités par des personnes aimées et aimantes. En règle générale, j’adore les flashforwards que Snicket se permet pour décrire le funeste destin qui attendra tel ou tel lieu et ses habitants. Quoiqu’il en soit, ce passage du tome 6 m’a scié et celui du tome 10 a vraiment solidifié ma fibre nostalgique. Après, la scène du tome 6 me remue plus à l'intérieur surtout "grâce" à la chose traumatisante qui a permis d'en arriver là: Esmé qui jette trois enfants dans le vide.


7) La pluie de corbeaux, la ville devenue folle et décidée à brûler des enfants, les orphelins qui n’arrivent pas à monter à bord de la maison volante avec leurs amis…
Peut-être LE moment le plus cinématographique de la saga, l’un des plus apocalyptiques. C’était blockbuster, fiévreux, désespéré. J’aurais adoré voir ça sur grand écran. Hell, je veux réaliser cette séquence !


8 ) Le meurtre de tante Agrippine
Past!Me a été horrifié par la cruauté de cet évènement. Agrippine me faisait tellement pitié… Tremblant, je tournais les pages rapidement espérant qu’elle revienne à la fin du tome. Snicket a d’ailleurs joué avec noirceur et vilenie sur cette attente. La brutalité et le sordide gore de ce meurtre m'a fait plus d'effet que celui, off-screen, de Monty.


9) La mort de Dewey Dénouement
Drama, drama, drama… Le point de non-retour. Cet instant où Snicket montre définitivement à ceux qui ne l’avaient pas encore compris qu’il n’a peur de RIEN et qu’il s’en tape bien des gens qui disent qu’il écrit seulement pour les enfants.


10) La fin du tome 11 avec le retour sur la plage et l'apparition de Kit
Je n’aime pas beaucoup ce tome, mais cette fin était quand même d’une beauté hallucinante. C’est aussi elle qui nous permet de tomber de très, très haut dans le tome d’après. Bon et si je devais classer un autre extrait du tome 11, je citerais l’apparition du Grand Inconnu, avec les enfants paralysés, n’osant émettre un son, les mains plaquées contre une vitre.


11) Le kidnapping des Beauxdraps qui hurlent « VDC ! »
Handler offre des amis à ses héros pour les leur retirer avec violence dans le même tome. Déjà, ça arrache bien le cœur. Mais en plus, voilà, les lettres V, D et C font leur apparition. Et d’un coup, d’un seul, on sent l’univers mythologique des DAOB s’élargir de manière vertigineuse en plein milieu d’une scène d’action intense. Personnellement, j’appelle ça du génie.


12) Le rôti de bœuf
La première fois où je me suis rendu compte de l’étendue de la malfaisance d’Olaf et de ses ténébreuses manipulations et je peux vous dire que ça m’a marqué. Je me rappelle encore de cette nuit haletante de 2002 où je n’arrivais pas à lâcher le bouquin. Ce moment fut décisif. Celui qui m’a convaincu définitivement que je tenais un livre qui allait changer ma vie. J’ai eu l’impression que c’était moi qui avait été frappé par Olaf et pas Klaus.


13) Snicket qui laisse un peu d’intimité à Violette et Quigley
La petite storyline mignonne et touchante à souhait, écrite avec une belle pudeur qui m’a juste fait fondre. En parlant de Quigley, j'aime beaucoup le récit de ses aventures avant de rencontrer les Baudelaire. Il donne vraiment plus de substance à toute l'histoire. Je suis pas le plus grand fan de ce tome, mais il contient des passages très puissants, hein.

Et comme Snicket s’est permis un chapitre 14 pour le tome 13, je vais pas me gêner et je fais un Top 15 !

14) L’apparition de Shirley
Je peux juste pas ne pas en parler, quoi !

15) La découverte du Laboratoire aux Serpents
Un grand moment, pour moi. (Mébon, je préfère les parties sombres de la saga, évidemment.) Parce que j’ai réalisé lors de ce chapitre que cet univers pouvait vraiment ne pas avoir de limite. De plus, la vie heureuse des enfants avec Monty, elle garde une place spéciale, dans mon cœur. Ce bloc de VRAI bonheur, quoique teinté de mélancolie, il est, à mon sens, le dernier que vivront les enfants dans toute la série. Même le doux de la fin du tome 13 est GRAVE tempéré par un amer très prononcé, et un monde où le gris règne, sans possibilité de retour.

Bien sûr, se contenter de ces passages est un crève-coeur, puisque je veux parler du Mariage Merveilleux, du chapitre de destruction avec l'ouragan, de la mort de Georgina, de pifgalette, de Sunny qui commence à marcher, des anniversaires atroces de Klaus et Violette, de l'amphithéâtre où l'on tend un couteau à Klaus pour charcuter sa soeur, de la sortie des femmes poudrées, de Sunny empoisonnée par le champignon, de l'intégralité des tomes 12 et 13... Laughing C'est chiant d'être un grand fan d'une oeuvre entière. Laughing

Godz, en lisant ce Top, je me dis que Handler est du même niveau que Whedon (ou pire que lui ? Incertain ) pour ce qui est du je-prends-soin-de-ton-cœur-pour-mieux te le briser après. Ces deux-là malmènent leurs personnages comme personne ! Laughing Incertain pale

Et voilà, ces bouquins sont toute ma vie.
…A ce qui se raconte, ils vont avoir droit à un genre de prequel bientôt, c’est vrai ? Incertain
Le 23 arrive vite, godz. Incertain


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Dernière édition par Elrond_Smith le Dim 14 Oct 2012 - 0:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Sam 13 Oct 2012 - 23:44

Pffouuu énorme nostalgie. Neutral Et mon intégrale est à 696km. Neutral (Tu as ton intégrale à Paris toi Elrond ?)
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Sam 13 Oct 2012 - 23:46

Ouaip, ouaip, mon coffret est là ! Et j'arrête pas de relire certains passages, arf. Neutral Nostalgie IMMENSE, godz. Shocked En même temps, avec le 23 qui approche, je me doutais que ça allait me faire ça...

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Sam 13 Oct 2012 - 23:52

En plus j'avais commencé à me refaire l'intégrale et tout à coup, je pose le livre, et je me retrouve 1314860 coudées royales égyptiennes plus haut. Incertain
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Sam 13 Oct 2012 - 23:53

Ton Top 47 15 est une splendeur, Elrond ! waw Et il m'énerve en même temps car on partage pas mal de passages. lol !

Sinon, voici la suite de mon top personnel. Vous aurez deux passages demain vu que je suis en retard sur le programme ! Rigole

EDIT : Fazz, pourquoi tu convertis ça en coudées égyptiennes ? Utilise des parasanges, c'est bien plus pratiques. N'importe quoi !

A voir sur mon blog : http://danielhandler.canalblog.com/archives/2012/10/13/25328193.html

Citation :
Ce n'est pas tous les jours qu'on croise des héros comme les Orphelins Baudelaire. Bien sûr, tout l'aspect "courageux orphelin plein de ressources victime d'adultes incapables/malfaisants," c'est une antienne de la littérature pour enfants, mais il y a quand même quelque chose de singulier dans cette fratrie. En effet on peut argumenter que Violette, Klaus et Sunny ne sont que les différents d'un même personnage - leur évolution, fondamentalement, se fait toujours à trois. Du Tome I au Tome XIII, la façon dont leur perception du monde évolue est la même - ce qui est fort logique, puisqu'ils commencent au même point de départ, finissent au même endroit, et que, nonobstant quelques courtes séparations dues à des péripéties, ils ont strictement le même parcours. Ils sont la trinité d'une même figure de protagoniste - il y a moins de différences entre eux qu'avec d'autres personnages. C'est encore plus flagrant avec les triplés Quagmire, où là les caractères et personnalités de la fratrie sont réellement interchangeables - je ne sais pas pour vous, mais dans leur cas, j'ai l'impression que le sexe et les passions (journalisme, poésie, cartographie) sont les seules choses qui varient.

C'est un modèle de protagoniste extrêmement ancien, profondément enraciné dans les mentalités et qu'on retrouve principalement dans les contes de fée ; souvent, les fables mettent en scène trois frères, u trois soeurs, comme on pourrait mettre en scène trois bûcherons ou trois fées. Il ne s'agit pas ici d'établir trois personnes différentes mais plutôt de lier entre elles trois aspects de l'humanité, trois déclinaisons d'un même modèle (le plus célèbre demeure la trinité de l'idéal féminin qu'on identifie en psychanalyse : vierge, catin, mère). On peut donc s'imaginer que les orphelins Baudelaires représentent chacun un aspect du même personnage, mais quel aspect ?

Si on se réfère à leurs passions, qui au cours des livres sont toujours avancées comme la caractéristique fondamentale qui structure leurs personnalités, on peut peut-être y voir trois aspects de l'intelligence humaine. Violette, l'inventrice, si ingénieuse et si pratique, représente la logique et la raison car la science est son domaine naturel (Praxis). Klaus, le lecteur, par son immense culture, sa soif inépuisable d'apprendre, et son impressionante mémoire, incarne le savoir pur, et l'utilise pour déchiffer les "codes," c'est à dire qu'il puise dans sa connaissance pour obtenir une image fiable du monde (Doxa). Quant à Sunny, la plus indépendante et impertinente, elle puise dans les ressorts plus primaux et physiques de l'être, et sa violence physique, caractéristique de ses morsures, va peu à peu être transfigurée dans une puissance plus créatrice et réconfortante (la cuisine), plus artistique également (Pathos). Les mains, les yeux et le coeur, en somme.

Ce genre de protagonistes est peu à peu tombé en désuétude car il convient assez mal à nos sociétés, marquées par l'individualisme : nous préférons que nos héros soient d'abord des individus avant d'être définis par les liens arbitraires de leur métier, leur naissance ou leur lien familial. Voilà pourquoi, même si Violette, Klaus et Sunny ont en définitive des personnalités différenciés, il peut être étonamment difficile de trouver dans les sagas des scènes qui PROUVENT que leurs caractères sont différents. Leurs choix et leurs actions les individualisent, mais la narration de Snicket n'essaye presque jamais de développer longuement leurs tourments intérieurs ; même dans les rares moments où la fratrie se dispute et fait preuve de dissensions, on ne dit jamais que ces conflits sont dus à des différences au niveau de la personnalité.

...C'est en partie pour cela que j'avais envie de parler d'une scène qui explore en profondeur les dynamiques propres à leur petite famille, qui mette en valeur leurs différences autant que leurs points communs. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai immédiatement pensé aux cadeaux offerts par Tante Agrippine Joséphine dans le troisième tome. Je passerais sur l'aspect désopilant du passage (même quand il arrive quelque chose de bien aux orphelins, c'est pour que ça tourne mal), parce que c'est plutôt la discussion après le départ de la Tante qui m'intéresse. Chacun des trois orphelins s'y révèle de manière très marquée.

Violette, toute dans son rôle d'aînée, qui tente de tempérer la déception en soulignant que c'était très gentil de la part de Joséphine (alors qu'elle-même s'est plutôt sentie désappointée, voire insultée, par la poupée Julie Jolie qu'on vient de lui offrir). Violette qui s'inquiète immédiatement du fait que Klaus se retrouve ua bout du compte avec un hochet sans utilité, alors qu'elle vient d'agréer que tous ces cadeaux sont pourris de toute façon. Elle prend très au sérieux son rôle d'aîné, fait tout pour assagir la douleur de son frère et sa soeur, car, comme le lui a mandé son père, c'est à elle de "garder le menton haut." Il y a une grande pression qui pèse sur Violette dans toute la saga ; de ce fait elle a une grande abnégation, et de la ténacité à revendre, mais son découragement est en proportion. Lorsqu'elle ne voit plus aucune solution, elle a tendance à rester tétanisée, là où le reste de sa fratrie se débat violemment. Sa détermination est surtout une résignation.

Klaus, à mon avis, est l'enfant de la fratrie qui vit le plus mal la mort de leurs parents et les calimités qui suivent. Violette, en tant qu'aînée, arrive à chasser ses idées noires car l'attention qu'elle doit porter à ses benjamins lui occupe totalement l'esprit. Sunny, elle, est trop petite pour vraiment réaliser ce qu'elle vient de perdre et est relativement protégée par les autres personnages, mais Klaus n'a pas grand chose auquel se raccrocher. Cela est probablement à l'origine de son comportement sarcastique (sa réaction lorsqu'il reçoit le train électrique n'est qu'un exemple). Des trois, c'est donc lui qui ose exprimer à contre-coeur le désir de se plaindre quand même dans cette scène. Ce n'est pas très évident à première vue, mais il s'agit ici de marquer l'évolution du caractère de Klaus. Dans le premier tome, c'était Klaus qui le premier osait se plaindre du Comte Olaf (là encore, les trois orphelins étaient seuls dans leur chambre) dans une complainte pathétique. La réserve stoïque dont il se force à faire preuve ici montre bien qu'il s'est endurci, même s'il demeure le plus sensible des trois orphelins. Ce n'est que plus tard dans la série qu'il devient aussi mature que sa soeur.

[Sans rapport : on remarque aussi un autre type de cohérence dans le caractère de Klaus. Il a peu de patience, et il s'ennuie vite ! Il déteste les trains électriques pour la même raison qu'il affirme détester la pêche à la ligne dans le Tome IV]

Sunny, enfin, reste hors-normes et toute entière. On voit, notamment dans le Tome X, que Sunny exploite sans vergogne le fait que la plupart des adultes ne comprend rien à son charabia. Elle peut donc dire quasiment en permanence le fond de sa pensée, ce qui lui façonne une personnalité pleine de franchise, d'impertinence et de répartie. Pour autant, on voit souvent qu'elle a aussi ce genre d'honnêteté un peu blessante avec son frère et sa soeur. Dans ce passage, elle soulève le ridicule de leur discussion : y-a-t-il encore un sens, sachant tout ce qu'ils ont vécu, de se plaindre de leur sort ? Sunny anéantit ici les tentatives maladroites de Violette de les réconforter. Sunny n'est certainement pas la meilleure des diplomates, puisqu'elle n'est pas habituée à se faire entendre, mais sa franchise la conduit regulièrement à exprimer les vérités que tout le monde se refuse de formuler.

En un sens, chacun des trois orphelins change à sa façon sur l'intégralité des treize tomes, et pas forcément en même temps... Mais cela se fait de manière très subtile, très organique au récit. Pas besoin pour Snicket d'étaler des couches d'introspection émotive dans de longs paragraphes existentiels... D'une certaine manière, cela colle assez bien avec l'état d'esprit des orhelins durant toute la saga. Ils n'ont pas trop le temps de philosopher sur leur condition existentielle, car ils sont bien trop occupés à patauger dans les ennuis. Et ils n'ont certainement pas le temps d'affirmer leurs différences au sein de leur fratrie, car ils doivent rester unis coûte que coûte pour survivre. Ce qui épanouit leurs spécificités est paradoxalement la manière dont chacun tente de se raccrocher aux deux autres.

[L'image de cet article est la propriété intellectuelle de Thibaut Loïez - allez voir ses différents sites pour profiter des magnifiques fan-arts qu'il a effectués du monde de Lemony Snicket !]

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Dim 14 Oct 2012 - 0:05

Wow, c'est mon analyse préférée jusqu'ici ! Shocked
(Et bwt, elle me fait GRAVE penser à la manière dont Whedon gère des personnages. Coeur )

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Dim 14 Oct 2012 - 0:06

Super intéressant ! waw Surtout la distinction entre praxis, doxa et pathos.
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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Dim 14 Oct 2012 - 0:20

Ouais, c'est quelque chose qui me fascine, ça, "l'esprit de corps." C'est une alchimie incroyable, quand les individus d'un groupe finissent par donner naissance à quelque chose qui dépasse la somme de leurs individualités. Il y a par exemple un "esprit Galactica." Tous les personnages de l'équipage du Battlestar Galactica, tu les prends isolément, c'est la débandade. Mais si tu les mets ensemble, ils surpassent leurs limitations. Ce n'est pas parce qu'ils s'entendent bien, pas non plus parce qu'ils se complémentent et compensent leurs défauts respectifs, non, c'est véritablement qu'il y a quelque chose de plus grand qu'eux qui les sublime. Et ce quelque chose, c'est le simple fait d'appartenir au Galactica, rien de plus.

...C'est la même chose pour l'esprit Baudelaire, pour l'esprit Fisher... Ce sont des personnages invisibles, mais ils ont une vraie épaisseur, une vraie réalité. Et, franchement, je suis convaincu qu'il existe également un esprit LPG !

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Dim 14 Oct 2012 - 0:25

Oké, si je relis ce message, je vais pleurer; donc je me contente de le plusser et je fuis ! Laughing Coeur

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Dim 14 Oct 2012 - 0:30

Elrond_Smith a écrit:
Oké, si je relis ce message, je vais pleurer; donc je me contente de le plusser et je fuis ! Laughing Coeur

Ahah ! Mon plan diabolique fonctionne donc.
...Et sérieusement, les Triplés Quagmire puent. Laughing Sauf Quigley. Embarassed En fait ils sont nés siamois avec un cerveau pour trois, le chirurgien a demandé à leurs parents lequel des trois en hériterait. Laughing Même leurs talents sont pourris ! Duncan a le même que celui de Klaus et il ne sert à RIEN, tandis qu'Isadora... Non, c'est bon, je ne préfère pas l'accabler. Mr. Green

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Dim 14 Oct 2012 - 11:09

[Double-post, because I fuckin' can, bitch]

...Oh, allez, vous ne croyiez tout de même pas que j'allais laisser en plan mon personnage préféré de la saga ? Rigole

A voir sur mon blog : http://danielhandler.canalblog.com/archives/2012/10/14/25329802.html

Citation :
C’est de notoriété commune que Prunille Sunny Baudelaire est 1) une dure à cuire et 2) un personnage un peu à part dans la saga. Ses grands moments de bravoure sont aussi les moments où la série s’élève au paroxysme du n’importe quoi. Remonter une cage d’ascenseur avec les dents, se faire passer pour une femme poudrée adulte… On ne savait jamais jusqu’où Snicket allait la mener, et c’est pour ça qu’il me paraissait impossible de ne pas citer dans cette liste un de ses étranges exploits. Le plus mémorable, pour moi, reste son duel au sabre avec le Dr Georgina Orwell - mon personnage préféré de la série, coïncidence ?

Il est impossible de ne pas lire ce passage sans songer aux difficultés qu’aurait eues un réalisateur pour adapter cette scène, disons… Unique ? C’est aussi la première fois que Sunny épate la galerie de manière aussi éclatante, donc forcément l’effet de surprise était plus grand. A y réfléchir, ce duel au sabre pourrait être le moment où la série bascule dans le non-sens, où elle « saute par-dessus le requin, » mais il n’en est rien. Passés les éclats de rires initiaux et l’incrédulité, tout le monde semble avoir parfaitement accepté que les Désastreuses Aventures abandonnent toute prétention de réalisme. Si c’est pour nous donner ce genre de scènes d’anthologie, je pense que le lecteur y est effectivement prêt.

Certes, auparavant Sunny faisait déjà preuve d’un discernement et d’un intellect hors-normes pour un enfant de moins de trois ans, mais son cas n’était pas vraiment isolé. Il y a des tas d’exemples, dans la littérature pour enfants, de bébés ultra-compétents et surdoués (Matilda de Roald Dahl, entre autres), même si ce cliché commence à tomber en désuétude. Sunny en est autant un hommage qu’une parodie. Le fait est que très vite le lecteur est amené à accepter ces quelques entorses à la réalité : les Orphelins Baudelaire vivent dans ce genre de monde-là. Un monde qui a une position, comment dire, très… Libérale vis-à-vis des lois de la physique. Ca ne s’applique pas qu’à Sunny pour autant, il y a d’autres invraisemblances (la façon dont Klaus et Violette s’échappent de la caravane folle dans le Tome X défie toutes nos connaissances actuelles sur l’aérodynamique).

Alors quoi, les Désastreuses Aventures se déroulent dans un cartoon de Vil Coyote ? N’allons pas jusque là… Il faut déjà réfléchir à ce que l’on veut vraiment signifier quand on parle de réalisme. Je me souviens d’un de mes professeurs aux beaux-arts qui nous avait demandé de reproduire dans notre style ce qu’il considérait comme un chef-d’œuvre du « réalisme. » Le chef-d’œuvre en question était un gribouillage de sa fille de quatre ans, représentent une maison carrée au toit triangulaire. Lorsque je lui demandais si ce dessin de maison n’était qu’une sinistre blague, il me répondit malicieusement : « si tu as compris en une seconde que le dessin représentait une maison, alors cela veut dire que ce dessin est parfaitement réaliste. »

Je pense que ce type de relations est révélateur ; le réalisme ne consiste pas forcément à donner une image fidèle de la réalité mais une impression signifiante de réalité. Le réel a besoin d’avoir des lois, et donc d’avoir un sens – hors ce n’est pas parce qu’un roman est réaliste qu’il évite forcément le non-sens et l’absurde. Au contraire, le non-sens et l’absurde sont des genres qui prétendent donner une image assez fidèle de la condition humaine. Un roman est réaliste si 1) sa peinture des sentiments humains est psychologiquement crédible (car la psychologie est désincarnée du réel et il faut donc au contraire en donner une image fidèle) et si 2) le lecteur comprend que certaines choses peuvent arriver dans cet univers littéraire et pas d’autres. Dans les Désastreuses Aventures, le premier point est assuré par la profondeur des personnages et des thèmes abordés, tandis que le second…

Eh bien, peut-être que nous sommes naturellement indulgents envers les exploits de Sunny parce que la littérature pour enfants est quelque peu saturée par le surnaturel et le fantastique. Certes, Sunny peut faire de l’escrime avec ses quenottes, mais en contrepartie elle n’aura jamais de baguette magique. Comme le stipulait un slogan inventé par un de mes collègues pour la série : « Pas de sorciers. Pas de fin heureuse. Lisez autre chose. » Il y a comme une relation de cause à effet entre les deux premières phrases, non ? Toute intrusion de la magie suggère forcément l’existence sous-jacente d’une réalité de nos idées et de nos croyances, de quelque chose de supérieur à notre réflexion en tous cas – les Orphelins Baudelaire vivent dans un monde singulièrement différent. La série flirte moins avec l’Idéalisme du fantastique (au sens où le fantastique croit naturellement à l’existence des idées) qu’avec une forme d’empirisme propre au nihilisme (nos idées sont ce que nous en faisons et sont complètement influencées par notre parcours).

J’estime donc que les exploits de Sunny seraient beaucoup moins acceptables dans une série où l’amour et la justice finissent vainqueurs – ce n’est pas parce que cela faciliterait par trop la vie des orphelins (encore que). C’est plutôt qu’il existe différents types d’univers littéraires et qu’il faut faire attention à ne pas mélanger les différentes philosophies qui y sont associées. De toute façon les capacités hors-normes de Sunny font pâle figure face à l’incommensurable bêtise dont font preuve certains adultes dans la saga – d’une certaine façon le monde extérieur est faconné par le fort intérieur des personnages qui y vivent. L’univers physique des Désastreuses Aventures est absurde parce que les gens qui y vivent sont absurdes, et non l’inverse.

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Dim 14 Oct 2012 - 20:29

Retard rattrapé, ouf !

A voir sur mon blog : http://danielhandler.canalblog.com/archives/2012/10/14/25334828.html

Citation :
Qui est Lemony Snicket ? N’est-ce pas lui, après tout, le personnage principal de la série ? De ce point de vue, il y a vraiment quelque chose d’irritant dans sa narration – il prétend constamment qu’il ne s’agit pas de son histoire alors que c’est manifestement le cas. Qu’est-ce donc que cette exercice d’écriture pour lui ? Un témoignage d’amour à la femme qu’il aime toujours ardemment ? Une façon de se repentir ? Un prétexte à dresser un assemblage de preuves censées l’innocenter des crimes dont l’a accusé Olaf ? Une réelle investigation qui échappe à son contrôle et se lie encore et toujours plus à sa propre vie ? Un exercice psychanalytique durant lequel il n’arrive qu’à aborder son douloureux passé par demi-mots ? Peut-être tout cela à la fois ; en définitive, les Désastreuses Aventures sont un produit informe, un contenu sans contenant, car on ne connaît pas leur réelle utilité. Oh, bien sûr, cela a à voir avec Béatrice, mais, en fin de compte, qui est Béatrice ? Le questionnement est circulaire, car on ne peut rien savoir de Béatrice sans connaître Snicket. Je repense souvent à cette scène du Tome X où Lemony jette un voile d’intimité et de délicatesse sur la romance naissante de Violette et Quigley. Ce n’est pas tant une faveur faite à Violette qu’un juste retour des choses ; Lemony fait preuve envers la vie privée de son héroïne d’autant de pudeur qu’il désire envers ses propres expériences amoureuses en général.

Tout au long de la saga, les apartés autobiographiques se suivent et ne se ressemblent pas : parfois drôles, parfois tragiques, parfois révélateurs, parfois incongrus, et toujours contradictoires, douteux, incomplets surtout. Petit à petit, la voix désincarnée de Lemony devient un personnage de chair et de sang. C’est dans le Tome V que s’effectue vraiment cette transformation : les références à sa vie passée y sont plus nombreuses, plus importantes aussi (c'est aussi le livre où commence vraiment l'intrigue VDC, où on annonce l'existe d'une mythologie sous-jacente). Le Tome IV nous avait déjà confirmé que la mort de Béatrice avait quelque chose à voir avec Olaf, et donc avec l’histoire des Orphelins Baudelaire, mais l’on ne prend vraiment conscience de cette réalité que lorsque Lemony consent à nous relater l’incroyable épisode du Bal de la Duchesse de Winnipeg.

C’est un passage magique, presque échappé d’un autre roman, un moment d’anthologie spoilant un livre qui n’existe pas. La pensée de Lemony divague, dévoilant au passage quantité d’informations capitales – trop à son goût, sûrement, et il se reprend vers la fin pour nous épargner son fardeau. Toutes les mentions de son passé semblent teintées d’une mélancolie saisissante – Lemony veut véritablement éviter d’y avoir recours, mais c’est plus fort que lui, d’autant qu’elles deviennent de plus en plus indispensables pour expliciter le sort des trois orphelins. On sait que Lemony a commencé son investigation le jour même de l’incendie, ordonnant à Helquist d’aller croquer les débris encore fumants de la demeure Baudelaire – s’imaginait-il alors que ces trois enfants croiseraient la route d’Esmé, chercheraient le Dossier Snicket, combattraient les Sinistre Duo ? A la déconfiture des orphelins s’ajoute celle de Lemony, incapable de changer quoi que ce soit à leur destinée, qui se rapproche de plus en plus de la sienne.

Il commence son enquête en croyant pouvoir faire une différence, mais la vie des orphelins Baudelaire lui glisse entre les mains. Elle devient une pure image, un miroir de sa propre condition, un deuxième triptyque à accrocher au mur, juste à côté de celui de Béatrice. Pourquoi se refuse-t-il à nous raconter « l’histoire avant l’histoire ? » Peut-être parce qu’un tel exercice est vain à ses yeux : l’Histoire se répète de génération en génération et les enseignements du passé ne permettent pas d’éviter les mêmes erreurs. L’histoire des Baudelaire n’est en définitive pas si différente de la sienne, et il s’y identifie. Y-a-t-il encore une lueur d’espoir à ses yeux ? Oui : il nous répète régulièrement que les Orphelins Baudelaire furent infiniment plus courageux que lui. A partir de quel moment a-t-il de ce fait abandonné ?

Il n’y a sûrement pas de réponse précise à cette question. Comme l’a dit Handler lui-même, le personnage de Snicket s’est construit après celui des orphelins et non avant ; il s’est progressivement révélé nécessaire à la narration. Avec le temps, son passé s’est étoffé, parfois dans des circonvolutions difficiles à résoudre chronologiquement, mais pour autant de plus en plus précises. Plus tard, Lemony fera enfin le grand saut et sortira sa propre autobiographie. Qu’est-ce qui l’a motivé, du fait, à enfin assumer ce discours sur lui-même ? Sont-ce les retrouvailles avec sa nièce, sa conclusion amère mais pleine de possibilités du Chapitre Quatorze, conclu sur un mot salvateur qui met enfin au grand jour les relations exactes existant entre Lemony et les Orphelins ? Les Lettres à Béatrice semblent le suggérer. Un seul mot peut nous détruire mais un seul mot peut aussi nous sauver.

Et cela nous conduit à une question intéressante : pourquoi Lemony a-t-il nommé sa saga les Désastreuses Aventures, alors qu’il existait déjà sur l’île d’Ismaël un livre du même titre, bien plus ancien ? La raison de cet hommage réside dans la capacité des œuvres littéraires à transfigurer la vie. Le livre d’Ismaël change les Baudelaire, tout comme le récit des mésaventures des Baudelaire change Lemony, qui change la vie de ses lecteurs. Un évènement fatidique comme le Bal de la Duchesse de Winnipeg passe alors de la fatalité à la possibilité de changer le monde, en un mot il devient fiction. Durant toute la saga, les livres se révèlent de précieux alliés, tous les secrets de l’univers y sont renfermés. Chaque individu doit trouver quelque part le livre spécifique qui le sauvera – et s’il n’existe pas, il doit l’écrire. Lemony n’est pas le seul à choisir cette alternative.

[L'image de cet article est la propriété intellectuelle de Thibaut Loïez - allez voir ses différents sites pour profiter des magnifiques fan-arts qu'il a effectués du monde de Lemony Snicket !]

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MessageSujet: Re: Compte à Rebours !   Dim 14 Oct 2012 - 20:43

Encore un texte magnifique pour l'un des plus moments de la saga, oui. Amour53

Et par rapport à la précédente analyse, je dois dire que je suis fan du duel Sunny vs. Orwell, mais par contre, je bloque sur la montée d'ascenseur avec les dints, et je n'ai jamais su expliquer pourquoi. MDR

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