Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire

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 Intrigues abandonnées/modifiées

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Docteur Orwell.
Archonte
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MessageSujet: Intrigues abandonnées/modifiées   Mar 31 Mai - 17:24

Il est beau, il est copieux, il est rigoureux, mes amis, vous l'avez demandé, je vous l'apporte ! Un grand dossier sur tout ce qui a été changé dans les plans d'Handler au fur et à mesure de la série - un mélange de faits et de pures théories capillotractées comme on les aime sur LPG.

Pris sur : Intrigues Abandonnées ou Modifiées (sur mon blog)

Citation :
Il y a plusieurs façons d’écrire une bonne histoire… Certains savent exactement où ils veulent aller ; d’autres préfèrent les joies et la pétulance de l’improvisation. La plupart des écrivains, néanmoins, confessent qu’ils n’arrivent jamais à obéir complètement à l’une ou l’autre école. Ce n’est pas parce que l’on vogue à son petit plaisir en écrivant qu’il faut commettre des actes inconsidérés ou perdre de vue la nécessité d’un fil directeur ; d’un autre côté les grands stratèges de la narration se voient toujours obligés de modifier une partie de leur plan à un moment ou un autre. Les Désastreuses Aventures, de ce point de vue, forment un cas particulier en ce qu’elles laissent entrevoir une très grande mythologie, aux enjeux énormes (en gros, tout ce qui est lié de près ou de loin à VDC), qui n’aura finalement que peu d’intérêt dans l’intrigue réelle (centrée sur les trois orphelins). On pourrait penser que Daniel Handler appartient à la première école, mais il s’en dénie ! Croyez-en ces différents entretiens…

Pièce à conviction n°1 :

Pris sur :

http://www.salon.com/entertainment/audiofile/2006/06/13/conversations_handler/index.html

Journaliste : Et comment la série a-t-elle évoluée au cours de l’écriture ? Je veux dire, y-a-t-il eu des imprévus ? Des surprises –

Daniel Handler : (rires) Eh bien oui, en premier lieu le fait qu’un éditeur s’y intéresse !

(rires)

Journaliste : Je veux dire, je présuppose que vous n’avez pas eu en tête toute la backstory à l’avance. A-t-elle été en partie improvisée ?

Daniel Handler : En partie improvisée, mais la majorité a été imaginée en un instant. Jamais je n’ai pensé que quiconque serait le moins du monde intéressé, pour être honnête. Et le contrat initial prévoyait quatre livres. Et je ne pouvais pas y croire ! Je veux dire, on m’avait refuse trente-sept fois un seul livre. Et voilà que les gens me sortaient, « oh, ouais, mettez-nous en quatre avec ça. »

(rires)

Daniel Handler : Et ce n’était pas tout, une fois enfin venu le temps d’écrire le genre de synopsis exigé, je n’avais de synopsis que pour trois livres. C’est là qu’ils m’ont sorti, « faîtes-en quatre. » J’ai cru que j’allais me réveiller. Je veux dire, de l’argent avant même d’écrire les livres ? Mes rêves n’étaient pas allés si loin. Et je me souviens avoir sorti à mon agent « Je n’arrive pas à le croire ! Comment as-tu pu leur suggérer quatre livres quand j’avais dit juste trios !” Malgré le fait, évidemment, que j’avais dit à l’éditeur qu’il y aurait treize livres et qu’elle m’avait dit de ne pas nous précipiter.

(rires)

Daniel Handler : Et mon agent a répondu “Ils n’en publieront jamais quatre !”

(rires)

Daniel Handler : Alors oui, j’avais en tête ce grand projet, maisn vous comprenez, ce projet n’était connu que de moi. Et j’étais comme enchanté par cette idée. Qu’il n’y aurait jamais que quelques copies de ces trois livres d’un grand projet de triskadécologie. Et que personne ne lirait jamais ce qui suivait. J’adorais l’idée. En un sens c’est ça qui a le plus changé : les gens se sont mis à le lire !

(rires)

Journaliste : Histoire d’éclairer vue des gens qui n’ont pas lu vos livres pour adultes, leur sensibilité, bien que très différente, semble clairement émaner de la même personne. Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi vous avez eu tellement de mal à conquérir le cœur des lecteurs adultes ?

Daniel Handler : Je crois que là encore on en revient au même problème ; créer une narration pour quelque chose qui n’a aucun sens. (rires)


Pièce à conviction n°2:

Pris sur :

http://www.avclub.com/articles/daniel-handler,13962/

AVC : Les Désastreuses Aventures ont développé un mystère complexe et lentement dévoilé, et le rôle du narrateur s’en est trouvé changé. A quel point aviez-vous déjà planifié ça au début de l’écriture ?

Daniel Handler : Tout ça a évolué petit à petit. Même les choses que j’avais prévues très à l’avance ont fini par être modifiées. Mon approche générale en écriture est de développer un schéma narratif puis d’en ignorer la moitié, à un niveau mineur pour un livre individuel et à un niveau majeur pour la série prise dans son intégralité – les Désastreuses Aventures n’échappèrent pas à la règle.

AVC : Six ans et douze livres plus tard, si vous aviez la possibilité de revenir pour réecrire les premiers, que changeriez-vous ?

Daniel Handler : Tout, probablement. (rires) Comme la plupart des écrivains, je considère toutes mes œuvres achevées avec un regret profond, et le problème que pose l’écriture d’une série de romans est qu’il faut constamment les relire, et s’assurer de ne rien oublier de ce qui a déjà été crée, et le corollaire de cette exigence c’est qu’on doit constamment faire face à ses propres erreurs, que ce soit le mauvais mot au mauvais endroit ou, pire, la mauvaise scène tout court. Il faut vraiment adopter un calme olympien et garder en tête que vous aviez écrit le meilleur livre que vous pouviez à l’époque.


Pièce à conviction n°3 :

Pris sur :

http://www.salon.com/books/int/2006/10/28/handler/index.html

Journaliste : Saviez-vous, à l’époque de l’écriture de « Tout Commence Mal, » comment tout cela allait se terminer ?

Daniel Handler : Je savais comment tout cela allait se terminer. J’avais des listes de mots et d’expressions que je voulais définir. C’était un dossier jamais vraiment fini, car je me disais « Oh, ça ne colle pas du tout. Je le garde pour le prochain livre… » Au final je me suis retrouvé avec une inscription sur mon bureau qui stipulait : « Maintenant ou alors jamais. » A peu près une semaine après avoir fini d’écrire « La Fin, » j’étais en voiture avec une amie à moi et j’ai utilisé l’expression « to call on the carpet. » Elle ne savait pas ce que ça voulait dire. J’ai alors pensé « Oh, en voilà une bonne à utiliser dans le prochain… »C’est le premier moment post-série où je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune raison de noter des expressions idiomatiques que vos amis ne connaissent pas. C’était comme acheter un ticket de tombola après la remise des prix, ou collectionner des coupons pour un concours expiré depuis 1921.

Journaliste : Est-ce vraiment la dernière fois dans votre vie où vous aurez l’occasion de définir des expressions idiomatiques ? Cette implusion didactique, la retrouve-t-on aussi dans vos fictions pour adultes ?

Daniel Handler : Non, probablement pas. Je m’étais habitué à être en compagnie de ces histoires, et c’est étrange pour moi de réaliser que cette compagnie s’est achevée. C’est une réaction à retardement. Je l’ai écrite ; là, je suis en train d’en faire la promo. Je suis loin d’avoir vraiment coupé le cordon ombélical.

Journaliste : Envie d’écrire d’autres livres pour enfants ?

Daniel Handler : Oh, absolument. J’aime écrire pour les enfants. Il y a d’autres choses que je veux faire. Mais pas tout de suite.

Journaliste : Avez-vous commencé avec un synopsis global ? Comment avez-vous classé vos notes ?

Daniel Handler : D’une manière très aléatoire, sur des bouts de papier. Ce qu’il y a de bien avec un narrateur ambigu et non-fiable c’est que l’exactitude n’est pas aussi cruciale. Mais ce n’est pas plus compliqué pour autant.


Etrange travail que celui de la scénarisation. Mon rôle n’est pas de faire un roman sur ce type de travail mais de tenter de déterminer l’histoire d’interdite de la saga : qu’est-ce qui a été abandonné ou improvisé en cours de toute ? Pour aller plus loin : dans quelle mesure Handler a-t-il véritablement planifié le contenu des treize tomes ? Pour ceux qui étaient là à la rencontre francophone d’Handler et de ses fans le 1er Octobre à la FNAC Saint-Lazare, l’auteur avait comparé son travail à une de ces silhouettes blanches tracées à la craie sur les scènes de crime pour garder la trace du cadavre ; il savait à quoi ressemblait la silhouette, mais pas la personne qu’elle contournait. Gardons néanmoins à l’esprit qu’il a affirmé, dans cette même séance, trouver les questions plus intéressantes que les réponses… Allez, c’est parti !

PREMIERE PARTIE : AU SEIN MÊME DES LIVRES

Si vous trouvez une contradiction au sein des livres (comme cela arrive en fait très fréquemment), il est possible que vous fomentiez une théorie tordue pour faire tenir l’ensemble, ou, pire encore, vouiez l’auteur aux Gémonies. Il y a cependant une troisième solution : vous êtes juste en face d’une idée qui a finalement été abandonnée mais devait bien être exploitée. Quelques-unes viennent facilement à l’esprit :

The Bad Beginning Rare Edition, pp 116-117 (Harpercollins) :

« C'est un groupe de femmes pirates scandinaves qui l'a inventé au quinzième siècle... » Hier après-midi, un géologue amateur en pré retraite m'a promis de m'introduire que les FPS pour que je puisse savoir si il y a la moindre vérité dans cette rumeur selon laquelle Violette Baudelaire serait entrée en contact avec elles un jour qu'elle était en route pour la plage de Malamer pour la troisième fois. Si vous vous intéressez à cette rumeur, un seul ouvrage : le treizième tome de la série, si toutefois je vis assez longtemps pour pouvoir écrire un livre pareil !

On a là la mention d’un troisième passage des Baudelaire à la plage de Malamer, alors que le dernier connu (et second) s’est déroulé dans le Tome XI. Comme la Rare Edition n’a été éditée qu’en très petit tirage, Handler s’est autorisé cette petite entorse au scénario prévu. Comme il n’y aucune indication dans les livres prouvant que les orphelins étaient déjà allé sur cette plage avant le premier tome, il semble bel et bien que cette troisième visite devait se dérouler dans les Tomes XII ou XIII. Petite phrase, grands effets : il s’agit d’un argument courant de ceux qui veulent prouver que les orphelins ont survécu au naufrage du Béatrice et sont toujours vivants à l’époque des « Beatrice Letters. »

Quelle devait être la teneur de cette intrigue abandonnée ? Certains affirment que le Béatrice a échoué près de Malamer et que les orphelins sont parvenus à nager jusqu’au littoral. Difficile néanmoins d’imaginer le final de la saga sous un angle si différent !

Une autre théorie à mes yeux plus probable est que ce retour devait être envisagé fin du tome XII ou début du tome XIII, alors que les orphelins naviguent encore avec Olaf. Comme on le sait, la plage de Malamer n’est pas bien éloignée de la Ville, et donc de l’Hôtel Dénouement, et il faut se souvenir que les orphelins y avaient laissé le Queequeg à quai il y a moins de deux jours. On peut donc imaginer des tas de raisons pour lesquelles les orphelins auraient mis cap vers la plage : le Queequeg était pour leur fuite un moyen de transport plus discret et plus rapide. Plus encore la plage était le lieu de leur première et plus récente rencontre avec Kit Snicket : l’Hôtel étant en flammes, c’était le meilleur lieu où la retrouver et demander de l’aide (peut-être aussi avec le radar du Queequeg). En chemin, on aurait eu droit à une rapide rencontre avec ces fameuses pirates finlandaises. Comme le Béatrice devait se retrouver surpris par la Tempête et échoué sur l’Île de toute manière, ce projet de se rendre sur l’Île a été supprimé car il n’apportait rien de concret à l’intrigue principale. C’est dommage, cela aurait fait une scène poignante, mise en contraste avec le départ plein d’espoir de la plage pour l’Hôtel Dénouement…

Puisqu’on est dans le même livre, on trouve aussi une étrange mention, dans le Chapitre XIII, d’une « île où il est interdit par la loi de cueillir les fruits d’un certain arbre. » Allusion assez évidente au Tome XIII, qui prouve bien que Handler avait au moins une idée générale des lieux où se déroulerait chaque tome. Paradoxalement on compte bien ici une modification, puisqu’il n’est pas interdit aux îlotiers de cueillir des fruits… Techniquement il leur est interdit de pénétrer dans la décharge où pousse le gigantesque pommier, mais c’est la formulation de la Loi qui compte. Plus encore la petite Vendredi indique que l’une des traditions du Jour de la Décision implique de croquer dans une des pommes puis cracher le morceau si l’on veut quitter l’île – donc il est bien probable que les îlotiers aient droit de récolter et manger les pommes amères de temps à autres (d’ailleurs ils vont souvent dans la décharge y valdinguer de nouveaux objets, c’est juste qu’ils n’y restent pas très longtemps). L’île avait donc une géographie et des coutumes un peu différentes dans la première moulure du scénario ; je commence à me demander, bizarrement, si elle n’était pas originellement tenue par de féroces femmes pirates scandinaves.

Il faut aussi mentionner un autre exemple qui n’en est pas un : le tome IV, qui augure un retour du Docteur Orwell dans un tome futur. C’est en fait un ajout de la traduction, dans le version originelle on ne fait mention d’une possible réutilisation du personnage, pour la bonne raison qu’il meurt !

SECONDE PARTIE : LE DOSSIER SECRET DE L’ECRITURE

Un peu moins de théories farfelues maintenant ; passons plutôt auc confessions du Maître lui-même. L’entretien suivant parle de lui-même :

Pris sur :

http://www.salon.com/books/int/2006/10/28/handler/index.html

Journaliste : Y-a-t-il eu des moments de la saga où vous avez fait des erreurs ?

Daniel Handler : Pas des erreurs en soi, mais des choses qui rendent d’autres choses plus compliquées. Il y a eu cette phrase de « Tout Commence Mal » que j’ai réellement regrettée un an durant. Elle a fichu un sacré bazar. J’ai du modifier une partie énorme de mes plans, tout ça à cause de cette petite phrase – et même pas une phrase dont quiconque se serait souvenu, juste une dont je me serais souvenu moi.

Journaliste : Quelle phrase ?

Daniel Handler : Disons juste, pour un moment, les Baudelaire devaient retourner chez le Comte Olaf dans le douzième tome. Ils devaient y trouver quelque chose. Mais il y avait cette phrase de « Tout Commence Mal, » à peu près quand ils sont claquemurés dans la Tour et cette phrase précise : « Klaus avait épluché tous les documents du Comte Olaf. » C’était vraiment stupide de dire une chose pareille. Ils ne pouvaient pas revenir et trouver quelque chose qui avait été sous leur nez depuis le départ. Ca m’agaçait, c’est tout.

Journaliste : Les universitaires du futur vont sauter de joie !

Daniel Handler : Cette interview va devenir une contribution majeure au monde de la littérature.

Reste à déterminer les détails de cette intrigue abandonnée. Chaque tome ayant pour principe de se dérouler dans un lieu différent, il est plus probable que le retour chez le Comte ne devait pas prendre beaucoup de temps. L’hypothèse la plus censée semble que Kit Snicket devait faire un saut chez Olaf au tout début du Tome XII avant de les redéposer à l’Hôtel. Quant aux choses que les orphelins devaient découvrir sur place, il y a fort à parier que cela avait un rapport avec le fameux meurtres des parents d’Olaf par ceux des orphelins. Le comte ne mentionne pas ces évènements pendant les onze premiers tomes, aussi y-avait-il une pertinence à ce que les enfants découvrent son secret via une source extérieure, c'est-à-dire sa correspondance, ou son journal intime, etc. Handler a néanmoins suggéré un projet plus audacieux :

Pris sur :

http://asoue.proboards.com/index.cgi?board=documents&action=display&thread=25193

19. Vous avez dit avoir changé le scénario à cause d’une phrase de « Tout Commence Mal. » […] Que se serait-il passé si cette phrase n’avait pas été écrite, et qu’est-ce que les Baudelaire devaient trouver ?

Daniel Handler : Mes toutes premières recherches indiquent que les Baudelaire s’étaient arrêtés chez le Comte alors qu’ils faisaient chemin vers l’Île, et découvert en ce lieu, plutôt que sous les racines du pommier, un certain nombre de faits contenus dans « La Fin. » Après examination, il est devenu clair que tout cela n’est absolument pas ce qui pouvait être arrivé – y compris la maudite phrase en question.

On reste perplexe : comment les Baudelaire auraient-ils pu revenir chez Olaf alors qu’ils devaient être en mer, sur un bateau ? Pourquoi revenir à Terre alors que les autorités les cherchent partout ? Et cela ne constituerait-il pas un long détour au sein d’une intrigue ilotière déjà énorme ? Cela donne néanmoins plus de poids à notre théorie précédente sur Malamer en ce qu’Handler confirme un retour sur la côte. Mettons ces considérations de côté pour discuter de la nature des révélations en question. Qu’ont découvert en définitive les enfants sous les racines de l’arbre ? La duplicité d’Ishmael ? La présence passée de leurs parents sur l’Île ? L’histoire de la bague des Winnipeg ? La survie de Jeudi ? Il semble étrange qu’Olaf ait possédé des informations pareilles dans ses dossiers – elles n’ont peu ou prou aucun intérêt pour lui (d’autant qu’Ishmael est porté disparu depuis des années) ni pour les orphelins à ce stade de l’histoire. Plus étrange encore est l’idée que les orphelins aient débarqué sur l’ïle en sachant déjà tout de ses secrets grâce à ces informations disponibles de manière tellement pratique chez Olaf… Ce qui fait beaucoup plus sens, c’est d’imaginer que la révélation sur les fléchettes empoisonnées devait en fait se faire au tome XIII, lorsque le conflit entre Olaf et les enfants devait prendre fin. Ce n’est que dans ses dernières minutes que le criminel devait avouer sa véritable motivation : la vengeance. Les orphelins devaient en prendre connaissance, sous les racines du pommier, grâce au carnet de bord des îlotiers où leurs parents devaient immanquablement avoir mentionné ce détail du passé.

Pour clore le chapitre de ces confidences intimes sur le stade fœtal de la série, je me contenterai de citer, tels quels, ces passages d’une interview accordée au regretté Michael Cuellar :

Pris sur :

http://thequietworld.com/faq/faq.php?page=snickquestions

« Comment l’Homme aux Crochets a-t-il perdu l’usage de ses mains ?

_ Je ne l’ai pas encore décidé. Mais il se pourrait que j’improvise quelque chose.

_ D’où vient l’obsession du Comte Olaf pour les yeux ? Pourquoi sa tour en est-elle remplie ?

_ Dans mon premier jet, toute sa troupe était elle aussi obsédée par les yeux, mais, une fois lancé dans l’écriture du premier livre, j’ai pensé qu’il était plus approprié qu’il n’y en ait qu’un seul – celui sur la cheville. »

TROISIEME PARTIE : LES ALEAS DE L’INTRIGUE

On va donc maintenant passer dans le domaine de la pure extrapolation en essayant de deviner un peu au nez ce que Handler a pu changer dans ses plans. Cela ne se remarque pas forcément de manière éclatante, mais certains détails nous laissent le droit de formuler quelques interrogations. Prenons par exemple l’âge et le statut d’Olaf ; dans la première partie de la série tout laisse à penser qu’il est déjà assez vieux – il est par la suite identifié comme l’ancien camarade de classe de Lemony, dont beaucoup moins qu’il en a l’air. Même chose pour son implication dans le schisme – Jacques l’accuse explicitement de l’avoir provoqué dans sa lettre adressée à Jérôme dans l’Autobiographie, mais dans le même temps Kit et Dewey affirment que le Schisme a éclaté quand ils avaient quatre ou cinq ans, et sachant qu’Olaf est de leur génération… Ces deux contradictions sont dues à des nouvelles informations survenues très tard – dans TBL et le douzième tome, plus précisément. Ceci laisse à penser qu’à l’origine Olaf devait bien être le Grand Méchant de l’intrigue VDC et l’instigateur du schisme. Peut-être ce rôle n’avait-il plus de pertinence une fois introduits les supérieurs hiérarchiques d’Olaf dans le Tome X. Peut-être Handler a-t-il considéré au final l’importance d’Olaf comme caricaturale et préféré recentrer son intrigue autour des Baudelaire et d’enjeux plus locaux. Peut-être aussi, finalement, est-ce bel et bien une pure histoire d’âge et de dates qu’Handler a corrigées quand il s’est rendu compte qu’Olaf était trop vieux à son goût.

Pour casser un mythe encore plus grand, je suis de l’opinion que l’identité de Béatrice était loin d’être gravée dans la pierre au cours de l’écriture. Bien sûr, Handler a du envisager cette possibilité dès le premier tome, mais ce n’était qu’une idée parmi d’autres. En l’occurrence, la série regorge d’indices laissant accroire que la sœur de Lemony Snicket pourrait bien être la mère des orphelins, du moins avant que le Tome XI ne cloue le bec à cette théorie, bien sûr. La fameuse recette de salade, cette jeune K de la réunion du comité local qui utilise des expressions étrangement similaires aux tics verbaux de Klaus, les commentaires de Lemony sur la possible survie de sa sœur au même moment où on doute de la survie des parents Baudelaire… Les exemples ne manquent pas. Par ailleurs on peut facilement imaginer des astuces scénaristiques par lesquelles la fin de TBL et du Tome XIII auraient pu se reproduire de la même manière, avec une Béatrice qui est prise pour une Baudelaire alors qu’elle est en fait une Snicket alors qu’elle est en fait une Baudelaire. Handler aurait alors autant semé d’indices pour ces deux possibilités avant de choisir définitivement, une fois venu le temps d’écrire le Tome XI, de faire de Béatrice la génitrice Baudelaire. En un sens, c’est presque dommage, car si l’identité finale de Béatrice pose quelques problèmes de scénario et contradictions dans l’intrigue, l’identification « Mme Baudelaire = la sœur de Lemony » n’en posait strictement aucun jusqu’au Tome X.






En conclusion, il est manifeste que l’écriture d’une série n’est jamais un processus linéaire, puisqu’on ne la produit pas en un seul bloc – l’ensemble finit immanquablement par évoluer, et l’auteur aussi. Il est impossible de vous donner une liste exhaustive des différents remous du processus créatif -- Handler a par exemple avoué que l’écriture du sixième tome avait été faite à la va-vite du fait de nombreux retards, mais peut-on en déduire que cela a eu des conséquences fondamentales sur l’intrigue ? J’espère néanmoins avoir dressé ici un échantillon représentatif d’une saga, ou comme dans la vraie vie, les choses vont souvent de travers.

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MessageSujet: Re: Intrigues abandonnées/modifiées   Mer 1 Juin - 23:31

Wow. C'était vraiment très très bien ! Shocked C'est tout ce que je voulais et plus encore ! Smile Mille mercis, vraiment, j'ai adoré lire cet impressionnant article ! J'adore

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MessageSujet: Re: Intrigues abandonnées/modifiées   Jeu 2 Juin - 10:19

Merci. D'habitude j'ai déjà tous les éléments théoriques en tête, mais là le travail de restitution des sources et de recherche a quand même pris un bout de temps. J'avais à un moment prévu de constituer un fond de sauvegardes des différents entretiens d'Handler, mais manque de temps, tout ça... On a déjà failli perdre la Michael Cuellar FAQ, beaucoup de ressources sur les DAOB vont disparaître. N'importe quoi !

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MessageSujet: Re: Intrigues abandonnées/modifiées   Mer 15 Juin - 15:19

Bravo pour tout ça Orwell, c'est super de voir que tu continue toujours à élaborer de grands dossiers/analyses comme celui-ci!
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MessageSujet: Re: Intrigues abandonnées/modifiées   Lun 18 Avr - 14:35

Ah !

Source : http://www.publishersweekly.com/pw/print/20030210/32986-left-on-the-cutting-room-floor.html

Susan Rich a écrit:
We set about launching Lemony Snicket's A Series of Unfortunate Events in the fall of 1999 with two titles, acquired as Book the First, The Miserable Marriage and Book the Second, The Reptile Room. It took only a very informal focus group to reveal the truth: 10-year-old boys are not combing bookstore shelves looking for books that promise to be about marriage. Accordingly, we cast about for a new title, and soon decided upon The Bad Beginning. So pleased were we with this change that we promptly set about altering the title of Book the Second, which we very nearly sent into the world titled The Good Guardian. We regained our judgment in time and The Reptile Room stuck. The moral of this story, according to Mr. Snicket, is "nobody knows anything at any given time.

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